Quand on pense à Hydro-Québec et aux États-Unis, on voit d’abord l’électricité que nous leur vendons. Mais la relation fonctionne à double sens. Le Québec compte aussi sur ses voisins pour remplir ses réservoirs, s’approvisionner lorsque l’eau se fait plus rare et tirer parti de l’essor de l’éolien et du solaire. Une interdépendance appelée à devenir encore plus stratégique.

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Hydro-Québec est une société d’État unique au monde. Elle produit autour de 180 térawatt-heures (TWh) chaque année, dont plus de 90 % provient de son parc de centrales hydroélectriques. Celui-ci totalise près de 37 000 MW de capacité de production. Pour donner une idée de l’importance d’Hydro-Québec, l’État de New York avec ses 20 millions d’habitants (contre neuf pour le Québec) ne produit que 130 TWh à travers une capacité installée de 41 000 MW. Il existe des dizaines de producteurs différents à New York, au regard desquels Hydro-Québec apparaît comme un géant.

L’autre atout majeur d’Hydro-Québec est sa capacité de stockage, à travers 28 grands réservoirs. Ceux-ci peuvent emmagasiner jusqu’à 176 TWh d’énergie sous forme d’eau, prête à être libérée pour faire tourner les turbines qui produiront l’électricité, exactement au moment voulu. C’est le grand avantage de l’hydroélectricité au Québec, parce qu’il est possible de stocker l’eau, contrairement au vent et aux rayons de soleil.

Avec un tel système électrique flexible, sans émissions de GES et à faible coût, le Québec est en excellente position. La question se pose même : avons-nous besoin de nos voisins ? Quel avantage pouvons-nous tirer d’une collaboration en électricité ? Ne risque-t-on pas de se faire avoir en laissant les autres bénéficier de nos atouts ?

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Bien plus que des marchés d’exportation

Hydro-Québec exporte entre 10 et 35 TWh d’énergie chaque année chez nos voisins canadiens et américains. Ces ventes génèrent des revenus qui contribuent pour beaucoup aux profits de la société d’État, en moyenne à hauteur de 25 % des profits d’Hydro-Québec, qui fluctuent entre 2 et 3 milliards d’une année à l’autre.

Ces exportations peuvent laisser croire qu’Hydro-Québec vide ses réservoirs pour alimenter en électricité nos voisins. Mais ce n’est pas le cas : elle les remplit aussi ! La force du réseau de stockage d’Hydro-Québec est de pouvoir conserver son eau en amont des turbines quand il y a de la disponibilité d’énergie chez nos voisins, à bas prix, et de revendre à un moment où cette disponibilité est moins présente – et que les prix sont élevés. Ainsi, en 2025, Hydro-Québec a pu acheter en moyenne à 7,6 ¢/kWh, et revendre à 14,5 ¢. Intéressant, non ?

Mais surtout, grâce à nos voisins, Hydro-Québec peut s’approvisionner en électricité lorsque Mère Nature déverse moins d’eau dans les bassins versants des rivières qui alimentent ses centrales. Depuis 2022, le Québec a reçu beaucoup moins de précipitations, ce qui limite Hydro-Québec dans sa production. Elle achète donc beaucoup plus chez nos voisins que les années précédentes.

Cette possibilité d’importer sert non seulement à tirer profit de la capacité de stockage des réservoirs, mais elle offre une option d’approvisionnement significative quand les cycles de la pluie nous défavorisent.

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Aussi bon soit notre système, il serait plus faible sans nos voisins.

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Atout pour la décarbonation

Même si le contexte politique dominé par Trump semble avoir complètement éclipsé les enjeux de décarbonation, nos voisins immédiats au sud n’ont pas oublié que l’action climatique reste essentielle. Les objectifs de décarbonation du secteur électrique de New York et de la Nouvelle-Angleterre restent entiers. Personne, par exemple, ne parle de mettre fin à la Regional Greenhouse Gas Initiative, qui est un marché du carbone spécifique aux émissions du secteur électrique des États du Nord-Est. Il impose un prix aux émissions de GES de la production d’électricité depuis 2009, soit quatre ans avant le début de notre propre marché du carbone québécois, en 2013. Ce marché est solide et de plus en plus contraignant.

Pour décarboner le secteur électrique, plus d’énergie éolienne et solaire devra être produite chez nos voisins états-uniens. Cela va forcément se faire avec les fluctuations naturelles des vents et des périodes d’ensoleillement… ce qui rendra les réservoirs d’Hydro-Québec encore plus précieux. Pour nous, parce que nous pourrons acheter à bon prix lorsqu’il y aura beaucoup d’énergie. Pour eux parce qu’ils auront accès à de l’énergie sur demande quand il y aura moins de vent et de soleil.

Ce genre de solutions gagnant-gagnant demande cependant la mise en place d’infrastructures et de systèmes permettant d’optimiser les échanges. Il faut s’asseoir pour planifier. Il faut collaborer pour construire des lignes de transport d’électricité. Il faut s’entendre sur les manières d’échanger l’électricité, dans un cadre qui est acceptable pour tous.

L’alternative de se replier sur soi-même serait un recul important, et mettrait notre propre sécurité énergétique à risque. Aussi bon soit notre système, il serait plus faible sans nos voisins.

Il est donc important de bâtir l’avenir avec ceux qui partagent notre géographie et beaucoup de nos valeurs. Discuter pour trouver les voies de développement les plus prometteuses est un devoir qu’on regrettera d’avoir omis, si on ne le fait pas.

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Venez assister à la discussion « Énergie : les nouvelles règles du jeu entre le Québec et ses voisins américains » le 14 octobre 2026 organisée par le CORIM.

Serge Abergel (Chef de l’exploitation d’Hydro-Québec Energy Services aux États-Unis), Dale Bryk (Directrice des politiques étatiques et régionales, Harvard Environmental & Energy Law Program) et Kerrick Johnson (Commissaire du Département des services publics, État du Vermont) répondront aux questions de Pierre-Olivier Pineau (Professeur à HEC Montréal, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie).

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