Les Québécoises et les Québécois seront appelés aux urnes cet automne et nous pouvons nous attendre à de nombreux débats et enjeux en lien avec la place du Québec à l’international. Si l’économie et la sécurité demeureront des thèmes centraux, les arts et la culture n’en sont pas moins importants. La culture façonne l’identité québécoise et participe à la préservation de la langue française au Québec. Bien plus qu’un simple secteur économique, la culture est un levier d’action, d’influence et de résilience pour le Québec dans une ère hautement teintée par le numérique.
Une culture résistante
La culture est bien présente dans l’ensemble des régions du Québec et celle-ci résiste aux géants américains et aux plateformes numériques étrangères. Or, au-delà de résister à cette pression n’y a-t-il pas lieu de se questionner sur la manière dont le Québec pourrait s’illustrer davantage sur la scène internationale grâce à sa culture? Un tel projet appelle à un engagement fort de nos dirigeants québécois. Si le talent des artistes québécois n’est pas à questionner, leur dépendance accrue à des infrastructures numériques étrangères sème le doute sur la pérennité de la culture québécoise à l’étranger.
La souveraineté culturelle du Québec, donc sa capacité à produire, soutenir et diffuser ses œuvres (dans un sens très large) sans lien de dépendance à des acteurs ou infrastructures extérieures, ne repose pas uniquement sur des politiques publiques. Il s’agit ici de la capacité du Québec à organiser la circulation de ses récits, de son histoire, de sa langue, de ses créateurs à l’échelle mondiale et ce, sans être gouverné par les géants américains.
Loin d’être uniquement symbolique, la souveraineté culturelle montre la capacité du Québec à négocier, coopérer et adopter une position favorable à l’international. En l’absence d’une telle souveraineté culturelle, la diplomatie culturelle court le risque de devenir opportuniste et dépendante des logiques externes.
Le Québec s’illustre par sa créativité, les arts pourraient devenir des moteurs de transformations sociales en misant sur de nouvelles formes de participation.
Il est clair que la découvrabilité des contenus n’est pas neutre culturellement, la langue, par exemple peut désavantager nos créateurs. À la dimension centrale de la langue s’ajoutent notamment les normes esthétiques, les temporalités, les métriques de performance. Ce manque de neutralité crée une hiérarchisation artificielle de la valeur des contenus culturels et influence ce qui peut voyager internationalement. Les plateformes actuelles ne semblent pas permettre aux contenus québécois francophones de circuler largement.
Ce constat dépasse la seule question de visibilité. En effet, il suggère un déséquilibre structurel important dans la circulation des œuvres demandant des solutions collectives et structurantes plutôt que des mesures ponctuelles et temporaires. Face à une telle situation, veut-on être en mode survie et à la traîne des géants [américains!]? Ou au contraire, veut-on créer de nouvelles formes, usages et modèles pour permettre à notre culture de rayonner à l’international?
Valoriser la création d’écosystèmes
Plutôt qu’un simple appui à la production des contenus, le prochain gouvernement pourrait valoriser la création d’écosystèmes de création qui soient différents et collaboratifs. Le Québec s’illustre par sa créativité, les arts pourraient devenir des moteurs de transformations sociales en misant sur de nouvelles formes de participation, de création et de relations aux publics.
Dans cette équation, les régions et les communautés locales jouent un rôle stratégique pour la création de valeur. En effet, on ne peut pas parler d’un seul secteur des arts et de la culture au Québec, mais de multiples formes d’expression reflétant la richesse des communautés locales. Le Québec est un réel réservoir d’innovations culturelles et les régions offrent une alternative audacieuse aux logiques métropolitaines et urbaines dominantes. La vitalité culturelle des régions du Québec et les récits authentiques qu’on y trouve représentent une attractivité internationale et un modèle à valoriser. Un secteur culturel local fort permettra une exportation crédible et réaliste. Oui à l’exportation des œuvres, mais aussi des modèles culturels distinctifs.
Le Québec peut s’illustrer sur la scène internationale grâce au secteur culturel, l’exportation culturelle est un réel levier à la diplomatie. Parler de diplomatie culturelle en 2026 dépasse le rôle des institutions gouvernementales et instituts culturels, il s’agit maintenant de se tailler une place sur les plateformes principalement américaines plus puissantes que la majorité des institutions étatiques. Or, contrairement à un institut culturel, une plateforme numérique ne défend pas une vision culturelle, ne consolide pas les relations diplomatiques et ne répond pas à des objectifs collectifs. Le problème n’est pas les plateformes en tant que telles, mais plutôt les asymétries de pouvoir qu’elles entraînent et la dépendance structurelle qu’elles engendrent.
Les plateformes peuvent être des vecteurs ou des outils, mais elles ne peuvent pas représenter les piliers de la stratégie diplomatique du Québec. Est-ce possible de défendre notre culture sur la scène internationale si nous n’avons pas de contrôle sur ses canaux de diffusion, ses règles de visibilité, ses données? La souveraineté numérique culturelle n’est pas une fin en soi, mais une condition pour exercer une diplomatie culturelle crédible et durable. La culture doit s’inscrire dans une stratégie internationale cohérente.
Les partis politiques devront présenter leur plateforme électorale prochainement en vue des élections de l’automne 2026. Cette élection sera peut-être le moment de clarifier si nous voulons une culture visible internationalement tout en étant libre des grosses plateformes. Prioriser la souveraineté culturelle en outillant les joueurs québécois pour s’affranchir des géants américains permettra au Québec d’affirmer sa vision du monde.
Voulons-nous mettre de l’avant une culture homogène aux couleurs de la culture de masse ou préférons-nous nous doter des moyens de faire rayonner la culture québécoise et ses richesses territoriales ? La culture peut nous permettre d’adopter une vision commune et nous positionner sur la scène internationale tout en dotant le Québec d’une capacité politique d’agir. Au-delà d’une simple promesse électorale, le prochain gouvernement pourra inscrire la culture au cœur d’une stratégie de développement international cohérente, en outillant le Québec afin de renforcer sa souveraineté culturelle et exercer pleinement une diplomatie culturelle crédible dans un environnement numérique mondialisé.




