Réduire notre dépendance aux États-Unis, diversifier nos approvisionnements, produire davantage ici : la recherche d’une plus grande indépendance économique s’impose comme une priorité. Mais elle vient avec une facture. Après des décennies à profiter des rabais de la mondialisation, jusqu’où sommes-nous prêts à payer davantage pour être moins vulnérables ?

Le brouillard que font planer les tensions commerciales avec les États-Unis nous inquiète, c’est certain. Mais pas autant que le coût de la vie. De l’épicerie au loyer, c’est la hausse du prix des dépenses quotidiennes qui pèse le plus sur les Québécois.

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Mais en la tirant la couverture du côté de la sécurité économique, on risque de découvrir le pouvoir d’achat.

Surtout que les Québécois sont encore échaudés par la crise inflationniste de 2022. Depuis, nous tendons à surestimer l’inflation, notamment parce que nous retenons davantage les hausses qui touchent les dépenses fréquentes et difficiles à éviter.

Depuis dix ans, le prix des services, généralement produits localement, a progressé de 35 % au Québec, contre 23 % pour les biens, dont une grande partie est importée. Le prix des vêtements, par exemple, a diminué de 6 %, alors que les loyers ont augmenté de 40 %.

Cette différence illustre notamment l’un des avantages dont les consommateurs ont bénéficié avec la mondialisation : l’accès à une vaste gamme de biens produits à grande échelle là où ils peuvent l’être à moindre coût. Cette logique joue beaucoup moins pour le logement, les infrastructures et plusieurs autres services essentiels qui doivent être produits localement et dont l’offre demeure difficile à accroître.

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Et puis, les règles du jeu ont changé.

Pour moins subir les décisions américaines, les gouvernements cherchent à diversifier nos marchés, à reconstruire certaines capacités industrielles et à favoriser l’achat local, tant public que privé. Ces transitions peuvent être couteuses. La sécurité et la fiabilité de l’approvisionnement pesant désormais davantage dans les décisions, il faudra parfois renoncer à l’option la moins chère.

Mais cette hausse des coûts ne sera probablement ni aussi visible ni aussi rapide qu’un bond dans le prix de l’essence. C’est que ce ne sont pas toujours les mêmes qui ramasseront la facture.

Si l’État paie davantage pour privilégier des fournisseurs locaux, la pression se fera sentir sur les finances publiques. Il faudra alors dépenser moins ailleurs, augmenter les revenus ou accepter un déficit plus élevé. Si les entreprises absorbent les coûts en réduisant leurs marges, elles pourraient aussi ralentir leurs embauches. Et si elles les transmettent à leurs clients, ce sont les ménages qui paieront des prix plus élevés.

Cela ne remet pas en question la nécessité de réduire certaines dépendances économiques. Le contexte nous oblige à jouer dans ce film. Mais nous devons reconnaître que cette transition aura un coût et qu’elle ne signifie pas de tout produire ou de tout « acheter local ». Remplacer systématiquement nos importations par une production locale risquerait de faire augmenter le prix de certains biens qui, grâce au commerce international, sont demeurés relativement abordables.

Il faut plutôt cibler les dépendances qui représentent un véritable risque. Pour chacune, la même question se pose : quel coût supplémentaire sommes-nous prêts à assumer, quelle vulnérabilité permet-il réellement de réduire et qui paiera la facture?

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